, Dénoncer une agression sexuelle et risquer un licenciement : un rassemblement organisé pour soutenir une salariée et un syndicaliste de la SNCF

Dénoncer une agression sexuelle et risquer un licenciement : un rassemblement organisé pour soutenir une salariée et un syndicaliste de la SNCF

Un rassemblement s’est tenu vendredi 15 mars devant la gare de Strasbourg à l’appel du syndicat Sud-Rail, rejoint par des cheminots et des collectifs féministes. Objectif : soutenir Marion, agent d’aiguillage et Régis, syndicaliste, menacés de licenciement pour avoir dénoncé des agressions sexuelles.

Une agente d’aiguillage convoquée par sa direction parce qu’elle a dénoncé une agression sexuelle par l’un de ses collègues. C’est l’histoire de Marion, cheminote à Haguenau (Bas-Rhin). Elle a porté plainte en janvier 2024 pour des faits remontant à mai 2023. Mais c’est elle qui a rendez-vous à 11h vendredi 15 mars pour un entretien en vue de sa radiation.

Elle n’est pas seule. Un responsable fédéral Sud Rail de la SNCF, Erik Meyer, vient de Paris pour l’accompagner. Et devant la gare, ils sont nombreux à lui témoigner leur soutien, à l’appel du syndicat Sud Rail. Certains portent des t-shirts blancs avec des empreintes de mains rouges à hauteur des seins, pour rappeler ce qu’il lui est arrivé.

« Il faudrait un #metoo à la SNCF, pour que la parole se libère« , explique Mathieu Relin, délégué Sud Rail à la SNCF. « Ce n’est pas possible de licencier une victime et un témoin d’une agression, il faut que cela cesse. »

Marion n’a pas voulu porter plainte au début, elle voulait juste que les agressions s’arrêtent.

Mathieu Relin, syndicaliste Sud Rail

Marion dit avoir été victime d’attouchements non consentis de la part d’un collègue le 2 mai 2023. C’est la deuxième fois, par le même collègue. La différence cette fois-ci, c’est qu’un autre collègue est témoin de la scène. Il s’agit de Régis, représentant Sud-Rail et agent d’escale. Il s’interpose et demande à Marion s’il peut l’aider. Elle ne souhaite pas porter plainte, mais demande que ces agressions s’arrêtent.

Avec son accord, Régis en parle à la direction sans nommer ni la victime ni l’agresseur présumé, pour obtenir de la direction une communication générale et un rappel global contre les propos et gestes déplacés au travail, ce qui lui est refusé.

De son côté, la direction enquête et trouve les deux noms. La victime et l’auteur présumé sont convoqués, aucune suite n’est donnée à cette agression, aucun changement n’est opéré pour que Marion ne croise plus son agresseur. Et Régis n’est pas convoqué en tant que témoin. « Mais le collègue de Marion est très remonté à ce moment-là« , explique Mathieu Relin. « Il en veut surtout à Régis d’avoir dénoncé les faits à la direction« .

Peu de temps après, une lettre anonyme dénonce Régis, syndicaliste depuis 25 ans. « Là, la direction a pris très vite des mesures, contrairement à l’agression », note Mathieu Relin. « Elle a payé un audit privé pour questionner les quelque 20 salariés de la SNCF à Haguenau, avec interdiction de parler de tout ça entre eux. Ça a plombé l’ambiance. »

Le 23 janvier 2023, la direction de la SNCF envoie un courrier de trois pages à Régis, il s’agit d’une demande d’explications, première étape en vue d’un licenciement. À la fin de cette lettre, il est écrit que Marion a menti en dénonçant une agression sexuelle, et que Régis n’a rien vu. Les deux collègues sont abasourdis. Le 24 janvier 2024, Marion porte plainte auprès de la police pour les deux agressions sexuelles dont elle a été victime.

Le 5 mars, Régis est reçu lors d’un entretien préalable à un licenciement. C’est la deuxième étape. Le syndicaliste n’a toujours pas compris ce qu’on lui reproche, aucune faute, aucun fait concret ne lui est reproché, à part son militantisme. « Voilà 25 ans que je milite et que l’entreprise n’est pas contente de mes actions, parce que je m’oppose à leur politique de casse des métiers, notamment sur mon chantier. Ils ont créé des postes de multimétiers qui n’ont plus de sens, ils enlèvent le sens du travail aux agents. Les agents se sont rebellés, ils ont dû faire marche arrière suite à une action collective sur Haguenau, et ils me font payer ça« .

Le même jour, Marion reçoit une lettre de demande d’explications sur des gestes déplacés qu’elle aurait eus à l’encontre de collègues masculins. Son licenciement est également envisagé.

Mais lors de sa convocation, vendredi 15 mars, Marion n’est toujours pas reconnue comme victime par la direction de SNCF Réseaux, au contraire : « aujourd’hui, j’ai été convoquée comme agresseuse, harceleuse de mes collègues, mais pas en tant que victime. La première question qu’ils m’ont posée, c’est comment je me sens. J’ai répondu que je me sens mal, que ce qui est retenu contre moi est sorti de son contexte parce que moi, j’ai dénoncé ce que j’ai vécu. Il n’y aurait pas eu toutes ces questions à mes collègues, toute cette enquête sur moi si je n’avais rien dit.« 

Ce n’est pas à la victime d’être mutée, il faut que ça cesse

Mathieu Relin, délégué Sud Rail à la SNCF

« Normalement, quand on est victime, on est protégé par des textes et des lois« , rappelle Mathieu Relin. « Et dans cette affaire, ce n’est pas le cas. Le problème, c’est qu’il y a plein d’autres victimes qui ne disent rien à la SNCF, Marion est loin d’être la seule ! Les victimes de harcèlement sexuel ou de propos racistes ne sont soit pas prises en compte, soit elles se taisent parce qu’elles ont peur de dénoncer des faits. Parce que dénoncer une agression ou des propos racistes, c’est courir le risque d’être soi-même muté. Certains salariés craignent d’être mal vus ou de ne pas avancer dans leur carrière, ou de ne pas accéder à des formations. Donc, ils se taisent. Certains nous disent : « je porterai plainte après, quand je serai en CDI ou quand j’aurai fini ma formation ». »

Le harcèlement ou les agressions touchent principalement des femmes et des personnes racisées. « La direction nous dit que 60 conseils de discipline ont débouché sur 30 licenciements en rapport avec des harcèlements et des agressions sexuelles, mais dans notre cas, c’est la victime et le témoin qu’on veut licencier ».

Ce que dit la SNCF c’est « taisez-vous », c’est un très mauvais signal pour les femmes

Mathieu Relin, syndicaliste Sud Rail

Le syndicaliste ne comprend pas non plus pourquoi les deux référents harcèlement du Grand Est, spécialement formés par la SNCF à ces questions, n’ont pas été informés de cette affaire ni d’aucune autre. « Et nous, en tant qu’élus, qui défendons les salariés, nous voulons aussi être tenus au courant. Pour que nous puissions agir. »

« Nous ne voulons pas des licenciements, mais apporter une réponse appropriée. Que tous soient éduqués, que nous puissions prendre des mesures collectives, rappeler les règles de comportements interdits, supprimer les photos de femmes nues, ce genre de choses. Les droits des femmes, c’est toute l’année qu’il faut les défendre, à la SNCF comme partout ».

Bien sûr, la mobilisation de vendredi, « c’est pour sauver Marion et Régis. Mais j’espère aussi que ça va aider à libérer la parole, pour tous les salariés de la SNCF qui se taisent« .

Contactée, la direction de la SNCF n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.

Source: Source