La mère et la fille qui accusent un ancien élu UDC argovien d’agressions sexuelles mettent désormais en cause les autorités. Selon le «Tages-Anzeiger», elles auraient été privées d’aide sociale et sont menacées d’expulsion.
Publié: il y a 51 minutes
Mattia Jutzeler
Iwona L.* et sa fille Paula L.* ont vécu un calvaire à cause de Patrick F.* Lundi, l’ancien député au Grand conseil argovien et membre de l’Union démocratique du centre (UDC), a été mis en examen. Il est accusé d’avoir drogué et agressé sexuellement la mère, l’ado, ainsi qu’une troisième victime. Paula, âgée de quinze ans, aurait été à elle seule droguée à près de 40 reprises et abusée pendant environ 40 heures. Patrick nie une grande partie des accusations. Pour le moment, il reste présumé innocent.
Traumatisées, la mère et la fille mettent désormais en cause les autorités. Selon le «Tages-Anzeiger», la commune d’Untersiggenthal, en Argovie, aurait été informée des accusations visant Patrick, mais leur aurait tout de même refusé l’aide sociale ordinaire (ou revenu d’insertion, dans le canton de Vaud).
Risque d’expulsion
Toujours selon le quotidien alémanique, la commune aurait également signalé les deux femmes au canton d’Argovie. Celui-ci entend désormais engager une procédure contre elles et pourrait les expulser. Originaires de Pologne, les deux victimes présumées ignorent aujourd’hui si elles pourront rester en Suisse. Les autorités justifient cette démarche en raison de la situation professionnelle d’Iwona.
Patrick était à la fois son compagnon et son employeur. Elle travaillait comme employée de maison. Malgré l’existence d’un prétendu contrat de travail, il ne lui aurait versé aucun salaire. Après l’arrestation du suspect, en septembre 2023, le service argovien des migrations a reproché à Iwona d’avoir trompé les autorités lors de sa demande de permis de séjour. Selon lui, son contrat de travail aurait été fictif. Plusieurs procédures pénales ont été ouvertes et sont toujours en cours. Iwona a reçu une ordonnance pénale, qu’elle conteste.
Si elle n’obtient pas gain de cause, la mère devra payer une amende et des frais pour un montant total de plus de 2000 francs. A défaut, elle risque une peine privative de liberté de substitution de 30 jours. Le Ministère public entend en revanche classer la procédure ouverte contre Patrick, pourtant cosignataire du prétendu contrat de travail, pour tromperie des autorités, le principe d’opportunité étant invoqué.
Réactions politiques
Contacté par l’«Aargauer Zeitung», le service argovien des migrations a refusé de commenter les reproches formulés par les victimes présumées, en raison de la procédure en cours. La commune d’Untersiggenthal n’a pas souhaité s’exprimer non plus, pour le même motif. Elle a toutefois dit éprouver de la compassion pour la situation des deux femmes et les difficultés qu’elles traversent.
Les accusations de la mère et de la fille ont déjà provoqué des réactions politiques. Dans un communiqué, le Parti socialiste argovien leur a exprimé sa solidarité et demandé une enquête complète, indépendante et transparente. Le parti appelle également les communes et les autorités cantonales à revoir leurs procédures et à renforcer la protection des victimes.
*noms connus de la rédaction
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