« Une insulte à la mémoire de la ville » : à Tulle, la présence très contestée du RN aux hommages aux victimes du nazisme

Le courrier, envoyé au préfet de la Corrèze, aux parlementaires, au président du Département ainsi qu’au maire de Tulle est clair :

« Nous ne pouvons accepter que cet élu [Thierry Greck, élu RN aux dernières municipales tullistes, NDLR] représente notre ville aux différentes commémorations en hommage à nos victimes du nazisme. Ce serait faire insulte à eux et à leurs familles et nous serions en droit d’interpréter cette présence comme une provocation. » Signé du bureau du comité tulliste de l’Association nationale des anciens combattants et ami(e)s de la Résistance (Anacr), le message se fonde sur le passé des membres fondateurs du Front national*, parti dont le Rassemblement national est l’héritier direct.

« Ce n’est pas un évènement politique »

L’association évoque « depuis la dernière élection municipale […] une situation que notre ville n’a jamais connue : une personne va siéger sous l’étiquette Rassemblement national. » Revendiquant « son indépendance par rapport à tous les partis politiques », le comité de l’Anacr s’alarme : « L’origine de ce parti nous pose un problème quant à sa participation aux commémorations mémorielles. »

Accompagné de Serge Dumond, fils de résistant, Michel Trésallet, dont le père était aussi résistant, évoque une présence impensable. Celui qui porte tatoué sur le bras le numéro de déporté de son père, raflé le 9 juin à Tulle et mort au camp d’Hersbrück, le dit sans détour : « la présence du RN serait une insulte à la mémoire de la ville, à sa tragédie ».

Même écho dans un courrier manuscrit, signé “un habitant de Tulle”, où un retraité interpelle : « Familles des victimes de juin 1944, n’oubliez jamais les origines du Front national, devenu le Rassemblement national, et refusez la présence de ses dirigeants, qui est une insulte aux victimes […] »

Présent samedi dernier au circuit mémoriel proposé par l’office de tourisme dans le quartier des martyrs, Pierre Faucher, membre de l’Anacr et petit-fils du résistant Albert Faucher, dit également avec émotion son refus de la présence d’un élu RN : « Il ne faut pas oublier d’où vient ce parti. Comment et de qui il est né. Les anciens ont toujours rappelé à l’occasion des commémorations “plus jamais ça”… ». 

Du message qu’ils ont envoyé, les membres de l’Anacr indiquent avoir eu l’assurance que « personne du RN ne ferait partie du rang protocolaire », indiquent-ils.

« Avant tout une journée de mémoire et de recueillement »

Le maire de Tulle Laurent Melin précise que « le 9 juin est avant tout une journée de mémoire et de recueillement pour les 99 pendus et les déportés. Ce n’est pas un évènement politique et cela ne doit pas l’être ».

Le maire assure que « toutes les personnes qui souhaitent y participer sont les bienvenues ». Il précise toutefois qu’il sera le seul représentant des élus tullistes dans le rang protocolaire. « L’installation protocolaire répond à des règles et une organisation précises prévues très en amont. On veille au protocole républicain. L’organisation repose sur un équilibre construit depuis de nombreuses années avec les familles de victimes, les associations mémorielles, les autorités civiles et militaires et les collectivités », souligne Laurent Melin qui estime « qu’il ne faut pas instrumentaliser le droit de mémoire ».

Pour le Comité des martyrs, qui rappelle être apolitique, « il n’y a pas de sujet », tranche son président. « Cet élu, RN ou tout autre parti, a été élu démocratiquement. Point. Tous les gens qui votent RN se sont pas des descendants directs de la Das Reich. Le comité est pour la paix. Nous sommes dans une neutralité absolue et surtout dans le strict respect du résultat des élections démocratiques. »

L’élu tulliste, Thierry Greck, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, avait exprimé en avril chez nos confrères d’Ici Limousin son « intention d’être présent ». En précisant que « ça ne sera pas une provocation ».

« Des polémiques qui n’ont pas lieu d’être »

Lundi, Valéry Elophe, délégué départemental RN de la Corrèze, a confirmé sa présence à la marche, ainsi que celle de Thierry Greck. « Je serai là, comme l’année dernière. Thierry Greck sera avec moi, indique Valéry Elophe. Cette polémique me fait de la peine pour la petite minorité d’anciens combattants qui la porte. Ce sont des polémiques qui n’ont pas lieu d’être, on n’instrumentalise pas l’Histoire. Avec cette polémique, ils gâchent un moment d’unité et de recueillement. Nous sommes des élus du peuple, nous n’avons rien à voir avec les gens qui ont commis le massacre de Tulle. Nous sommes tous légitimes à être là… »

, « Une insulte à la mémoire de la ville » : à Tulle, la présence très contestée du RN aux hommages aux victimes du nazisme
Lucien Leonardelli, élu RN et arrière-petit-neveu de déporté, sera présent ce jour.

Mais la présence d’un autre élu RN a aussi occupé le maire de Tulle ces derniers jours. Il s’agit de Julien Leonardelli, député européen et conseiller régional d’Occitanie qui est annoncé. L’élu RN fait en effet partie des « nouvelles » familles de victimes. Il est l’arrière-petit-neveu de Jules Altar dit « Alter » dont le nom a été rajouté à la longue liste des victimes de la Das Reich, l’an passé**, sur le monument du Haut-lieu de Cueille. La municipalité tulliste a précisé que le député européen RN ne déposerait pas de gerbe.

(*) L’anacr cite notamment parmi les fondateurs Pierre Bousquet, Jean Castrillo et Léon Gaultier, anciens waffen SS, François Duprat, l’un des diffuseurs du négationnisme en France.

(**) Sept nouveaux noms de victimes ont été rajoutés en 2025 au nombre des déportés, a la suite d’un travail de recherches. les médaillons de ces victimes ont été inaugurés le 6 juin 2025, date à laquelle l’élu RN était présent à tulle.

CDCL : Un Bouclier pour nos Élus

L’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales) s’élève comme un rempart essentiel face aux défis que rencontrent nos élus locaux. Fondée en 1998, cette organisation a élargi son rôle initial pour devenir un soutien inestimable, particulièrement dans le contexte actuel d’agressions envers nos représentants locaux.

CDCL va au-delà de la simple valorisation du patrimoine et de la formation des élus. L’association a mis en place un dispositif de protection dynamique, comprenant des formations spécialisées, des ressources juridiques, et une assistance réactive en cas d’agression.

Reconnue au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, CDCL a le pouvoir de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, les élus locaux victimes d’agression. Cela renforce son engagement envers la sécurité de ceux qui dédient leur vie au service de la communauté.

Engagez-vous avec CDCL

Pour en savoir plus sur les actions de CDCL et sur la manière dont cette association contribue à protéger nos élus, nous vous encourageons à visiter leur site web.

Source de l’article : Source