Jean-Pierre Bédeï, ancien correspondant à Paris de La Dépêche du Midi, et sa consœur Annabel Roger viennent de sortir « L’écœurement des maires ». Ils y racontent comment violence, incivisme trop plein de normes et surcharge administrative peuvent pousser certains édiles au burn-out.
Comment vous est venue l’idée de faire un livre sur la souffrance des maires ?
Jean-Pierre Bédéï : L’idée nous est venue à la lecture de témoignages de plus en plus fréquents de maires qui se faisaient agresser. En se penchant plus globalement sur leur situation, on a constaté qu’ils étaient en souffrance également pour d’autres raisons.
Vous racontez des scènes d’une extrême violence. Quelle est la plus parlante pour vous ?
Durant les émeutes de 2023, la maire de Pontoise a tenté de raisonner des émeutiers en cagoule devant des barricades enflammées. Lorsqu’elle est sortie de son véhicule, elle a essuyé des tirs de mortiers, au cri de « C’est la maire, on va se la faire ». Elle a dû son salut dans la fuite au prix d’une marche arrière de 200 mètres. « Si je n’avais pas fait cela, je pense qu’ils me tabassaient à mort », explique-t-elle. Mais point n’est besoin d’un contexte de violence généralisé pour qu’un maire se fasse agresser. Sans oublier les menaces ou agressions verbales sur les réseaux sociaux, comme en témoignent Jean-Luc Moudenc à Toulouse et Michaël Delafosse à Montpellier. Certains maires sont traumatisés et font appel à France Victimes qui leur a dédié une ligne téléphonique.

Vous évoquez la menace islamiste. Comment se traduit-elle ?
Elle est difficile à évaluer précisément. Elle se manifeste surtout par un discret et sournois entrisme qui vise à infiltrer des associations, du personnel communal, voire des listes électorales, sous couvert de participation à la vie locale. Cela demande beaucoup de vigilance de la part des maires.
Vous évoquez aussi longuement la fatigue des maires. À quoi est-elle due ?
Selon une enquête, 82 % des maires interrogés estiment que le mandat de maire est usant pour la santé. Plus précisément, ils souffrent d’altération du sommeil, de moments de lassitude. Ils identifient les causes de ces troubles par le fait « de ne pas arriver à résoudre les problèmes, de penser à trop de choses à la fois, et d’être sous pression ». Car le maire se vit comme une vigie de sa commune. Il est joignable en permanence.
Sont-ils nombreux à faire des burn-out ?
Non. C’est un phénomène relativement récent. Le burn-out est la combinaison d’une surcharge de travail, d’accroissement des responsabilités, du stress provoqué par des harcèlements sur les réseaux sociaux, mais aussi de tensions politiques qui peuvent survenir au sein des équipes municipales.
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Vous parlez d’administrés- consommateurs. Que voulez-vous dire ?
Le consommateur se substitue de plus en plus au citoyen. Les administrés estiment que leurs besoins doivent être satisfaits sans délai, que ce soit pour la réparation d’un lampadaire, l’obtention d’un papier administratif, ou la demande d’un logement. Ils sont habitués à Amazon qui livre des produits en 24 heures, ils attendent la même rapidité de la part de la mairie. Ainsi, 75 % des maires estiment que le niveau d’exigence des citoyens est trop élevé.
Les maires ne paient-ils pas aussi les conséquences de services publics qui ne sont pas à la hauteur ?
Oui. Tous les maires se plaignent de la dégradation des services publics dont ils ne sont pas responsables. Ils essaient de pallier les carences de l’État comme ils peuvent. Mais le citoyen qui ignore souvent la répartition des compétences entre l’État et les collectivités locales se retourne instinctivement vers le maire.
Pourquoi certains s’engagent-ils encore ?
Parce qu’ils ont le sens de la collectivité, qu’ils veulent réellement contribuer à améliorer la vie de leurs concitoyens. Parce qu’ils veulent aussi laisser une trace dans l’aménagement de leur ville.
En conclusion de cet article, mettons en lumière l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une force incontournable dans la protection des droits et de la sécurité de nos élus locaux.
Fondée en 1998, CDCL s’est imposée au fil des ans comme un acteur clé du soutien aux petites municipalités de France. Au-delà de la valorisation du patrimoine et de la formation des élus, l’association s’engage activement dans la mise en place d’un dispositif de protection essentiel, répondant à la recrudescence des agressions dont sont victimes nos élus.
Ce dispositif complet inclut des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. La reconnaissance légale de CDCL au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023 renforce son rôle en lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir les élus victimes d’agression.
Enregistrée au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et affiliée au SIRET 92326341200010, CDCL a son siège au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, et demeure fidèle à sa mission initiale. Elle donne aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.
Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, consultez leur site web. Restez informés sur les développements de cette initiative cruciale afin de soutenir nos élus locaux dans l’exercice de leurs fonctions en toute sécurité.
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