
Selon un rapport publié jeudi 6 novembre 2025 à Stockholm, les menaces en politique augmentent pendant les années électorales en Suède. C’était déjà le cas en 2022. Mais le niveau observé en 2024 reste haut, comparable à celui de 2020, où 26% des personnes interrogées avaient déclaré avoir été victimes de harcèlement ou autre. Cette étude arrive dans un contexte chargé dans le pays.
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Le mois dernier, la dirigeante nationale d’une formation politique suédoise a jeté l’éponge après seulement quelques mois passés à son poste. Anna-Karin Hatt, à la tête du Parti du centre, qui refuse de coopérer avec les Démocrates de Suède (SD), formation située tout à droite de l’échiquier, a même organisé une conférence de presse pour s’en expliquer.
Sa décision résulte d’intimidations, a-t-elle dit. « J’ai fait une évaluation globale de la situation et de ce que signifie pour moi être cheffe de parti dans un climat social et un débat social de plus en plus durs et polarisés qui, à mon avis, sont devenus incontrôlables », a exposé la responsable, dont la formation pèse 6,7% au Riksdag, le Parlement monocaméral de Suède, depuis 2022.
« Je crois que toute personne occupant une fonction de responsabilité au niveau national, mais malheureusement aussi au niveau municipal, est habituée à recevoir de la haine et des menaces de diverses manières, a-t-elle ajouté. Ce contexte, associé à un climat social difficile, fait que je ne me sens pas en mesure d’exercer le rôle de dirigeante que je souhaite incarner. »
Un parti marqué par une décennie d’intimidations
Anna-Karin Hatt craint qu’une telle atmosphère ne dissuade des personnes de valeur de s’engager en politique. « Le fait que de nombreux élus municipaux, et notamment des femmes, perçoivent aujourd’hui la situation comme très précaire, constitue une menace pour la démocratie. Si nous ne prenons pas ce problème à bras-le-corps, il sera difficile de recruter les futurs représentants démocratiques », a-t-elle insisté.
Elle n’a pas précisé l’origine des menaces, mais le quotidien Le Monde rappelle que l’une de ses prédécesseures, Annie Lööf, à la tête de la même formation entre 2011 et 2023, avait été harcelée pendant des années par l’extrême droite. Quelques jours après les législatives de septembre 2022, elle avait même confié son « soulagement de ne pas avoir été blessée » pendant la campagne, et sa « gratitude » à l’idée de pouvoir aller chercher sa fille à la garderie au lendemain du scrutin.
Dès 2012, un militant d’une organisation néonazie avait diffusé une vidéo filmée devant le garage de l’intéressée, mettant en scène son « dernier repas ». Et cela ne s’était jamais arrêté. En 2023, un homme était condamné pour l’avoir menacée de mort sur Instagram pendant l’été 2022.
De quoi rappeler de très mauvais souvenirs en Suède : l’assassinat jamais complètement élucidé, en 1986, du Premier ministre Olof Palme, alors qu’il rentrait chez lui, puis celui de la ministre des Affaires étrangères, Anna Lindh, en 2003, quelques jours avant le rejet par référendum de l’entrée du pays dans la zone euro.
Anna-Karin Hatt avait maintenu la ligne politique d’Annie Lööf au sein du Parti du centre. Le 17 septembre dernier, elle adressait une lettre au Premier ministre Ulf Kristersson, maintenant que son mouvement ne collaborerait pas avec son gouvernement tant qu’il coopérerait avec le parti SD.
De plus en plus d’élus envisagent une démission
La nouvelle étude du Conseil national suédois pour la prévention de la criminalité (Bra), publiée jeudi 6 novembre après une mise à jour pour la période 2012-2024, est donc particulièrement bienvenue dans ce contexte (voir ici en anglais). Environ 7 500 des quelque 13 300 représentants constituant l’échantillon ont participé. Un quart de ces personnes, 25,4%, disent avoir été victimes, en 2024, « d’une forme de menace ou de harcèlement, ou de violence, de vandalisme ou de vol ».
Le rapport donne raison à Anna-Karin Hatt concernant les femmes. Ces dernières sont légèrement plus exposées puisque 26,8% des sondées disent avoir été victimes d’au moins un incident en 2024, contre 24,4% chez les hommes.
Et dans le groupe au complet de ces personnes ayant subi des pressions l’an dernier, un quart disent avoir envisagé de démissionner. « La proportion de représentants élus victimes de harcèlement qui déclarent avoir envisagé de quitter une fonction spécifique ou toutes leurs fonctions a augmenté au fil du temps, tant chez les hommes que chez les femmes », constatent les auteurs.
Des déclarations bien plus nettes chez les jeunes
Dans la plupart des cas évoqués par les personnes interrogées, l’auteur était bien sûr inconnu ou anonyme. La plupart des incidents sont des menaces ou des attaques via les réseaux sociaux (18,2% des élus sondés) : « Le deuxième type de menace et de harcèlement le plus courant, c’est d’être exposé publiquement en ligne, phénomène rapporté par 7,7%. »
La tranche d’âge la plus concernée parmi les élus, peut-être du fait d’un certain rapport à l’informatique, ce sont les 30-39 ans : 35,9% déclarent avoir été victimes de harcèlement, contre 13,6% chez les 70 ans et plus. Mais étonnamment, c’est le Parti du centre d’Anna-Karin Hatt et d’Annie Lööf qui est le moins concerné – 19,9% contre 33,1% chez les écologistes, qui sont les plus ciblés.
La proportion de victimes déclarées est beaucoup plus élevée parmi les élus du Parlement national que dans les assemblées municipales et régionales (64,5% contre 31,4% dans les assemblées régionales et 25,0% dans les assemblées municipales). Cela dépend aussi de leur exposition médiatique ou sur les réseaux. Les présidents sont les plus concernés, par rapport aux autres fonctions : 42,2% contre 21,6% à 29,9% selon les postes.
Les prochaines élections en Suède sont prévues pour septembre 2026. Il s’agira de renouveler les 349 parlementaires, mais également les municipalités et les régions. Ce n’est bien sûr pas le seul pays d’Europe où un tel climat se fait ressentir en politique. La France, qui doit voter l’an prochain pour les municipales, voire pour de nouvelles législatives anticipées en cas de dissolution, ou même de présidentielle selon certains, est bien sûr elle aussi frappée par des tendances comparables.
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