« Une insulte à la santé de tous » : le monde de la restauration monte au créneau contre la loi Duplomb

  • S’inquiétant de voir l’environnement « se dégrader », près de 400 chefs et acteurs de la restauration appellent dans une tribune à abroger la loi Duplomb, très contestée.
  • « Nous faisons ce métier pour nourrir, pas pour empoisonner », tonnent-ils, estimant que le texte ne résout « aucune (des) problématiques » des agriculteurs.
  • Depuis début juillet, le milieu se mobilise contre le texte, dans le sillage du cri de colère d’un chef triplement étoilé.

« La loi Duplomb doit être retirée. » Dans une tribune publiée ce jeudi 24 juillet par Le Monde, près de 400 chefs cuisiniers et acteurs de la restauration exhortent à revenir sur le texte controversé (nouvelle fenêtre), déjà mis en cause par une pétition citoyenne qui dépasse les 1,8 million de signataires (nouvelle fenêtre) sur le site de l’Assemblée nationale. Au fil d’un court plaidoyer, au ton incisif, ils estiment que la loi est « une insulte à la santé de tous, mais aussi une insulte à notre métier », tandis que depuis le début du mois, la mobilisation gagne de l’ampleur dans ce milieu, d’habitude peu enclin aux prises de position publiques.  

« Nous faisons ce métier pour nourrir, pas pour empoisonner », insiste la tribune (nouvelle fenêtre), vent debout contre le texte adopté début juillet, qui acte notamment la réintroduction d’un pesticide contesté (nouvelle fenêtre). Lancée à l’initiative de l’entreprise Ecotable, qui accompagne les restaurateurs vers plus d’éco-responsabilité, elle est signée par des étoilés aux cantines, en passant par des bistrots et des collectifs de restaurateurs-paysans. Parmi les signataires figurent entre autres les chefs triplement étoilés Jacques Marcon et Mauro Colagreco, l’ancien trois étoiles Olivier Roellinger, ou encore l’ex-candidate de l’émission « Top Chef » Chloé Charles. 

« Toujours plus de résidus de pesticides » dans les produits servis

« Nous, restaurateurs, avons choisi le métier de restaurateur par amour pour la gastronomie, par passion pour les produits, mais surtout parce que nous voulons nourrir, restaurer nos clients », lancent les signataires, qui se disent « estomaqués par l’aveuglement de nos politiques et par les liens, devenus trop évidents, de ces derniers avec l’agro-industrie ». Face à un environnement qui continue de « se dégrader », « nous sommes inquiets » au sujet de « l’avenir de notre alimentation qui subit de plein fouet la crise climatique et la perte de la biodiversité (nouvelle fenêtre)«  mais aussi « de la qualité des produits que nous servons, qui ne semble que se détériorer, ces derniers contenant toujours plus de résidus de pesticides », alertent-ils.

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Tout en disant avoir « bien conscience des difficultés que rencontrent les producteurs français au quotidien », « tiraillés par la rentabilité de leur métier et les demandes citoyennes croissantes à sortir du productivisme », ils estiment que la loi Duplomb « ne vient résoudre aucune de ces problématiques ». Elle « enferme (les agriculteurs) dans un système intrinsèquement délétère en continuant de promouvoir des modes de production inaptes à répondre aux enjeux vitaux de notre temps », poursuit le texte, qui rappelle que « près de 70 % des terres sont aujourd’hui dégradées en Europe », selon un rapport de l’ONU datant de 2021.

La loi est « une insulte aux scientifiques, une insulte aux agriculteurs qui se passent des pesticides tous les jours, une insulte à la santé de tous, mais aussi une insulte à notre métier », conclut la tribune. Au-delà de son retrait, elle appelle aussi à un « moratoire sur l’usage des pesticides en France (nouvelle fenêtre) » et à « un véritable plan de transformation de notre système alimentaire », pour plus de durabilité. « Nos élus doivent protéger notre santé et nous donner la possibilité d’exercer, réellement, notre métier avec dignité », insiste-t-elle. 

La contestation lancée dès le début du mois

Bien que la profession soit souvent réticente à exposer ses opinions politiques, cette mobilisation contre le texte avait déjà commencé il y a quelques semaines, lancée début juillet par l’un des signataires, Jacques Marcon, propriétaire du restaurant Régis & Jacques Marcon à Saint-Bonnet-le-Froid, en Haute-Loire. Dans un texte cinglant publié sur Instagram, le chef d’ordinaire très discret ciblait directement le sénateur Laurent Duplomb, rapporteur du texte (nouvelle fenêtre) et sénateur de son département. 

« Avec cette loi, vous vous êtes érigé en porte-parole de l’industrie agroalimentaire qui privilégie une agriculture intensive et néfaste pour les générations futures », a-t-il écrit, estimant que « la France, pionnière en matière d’interdiction des pesticides (nouvelle fenêtre),vient de faire un grand pas en arrière grâce à vous ». Il a également confié sa « honte » de lui-même, se disant « aussi responsable de cette loi rétrograde » par son « inaction » jusqu’alors. Mais il a assuré être prêt à devenir « un vrai militant de la cause agricole et de la cause environnementale ».

« Monsieur Duplomb, à mon avis, se trompe. Il est plus du côté de cette agriculture libérale qui doit exporter. Et moi je crois qu’on devrait protéger, ce serait une meilleure solution que de remettre des pesticides qui tuent », a-t-il insisté la semaine passée sur France Inter (nouvelle fenêtre), partageant sa « colère froide ». « On a une belle paysannerie, une belle agriculture en France et sur l’autel du libéralisme, on est en train de tout casser », a encore dénoncé le chef, qui revendique un lien avec le monde paysan. 

Son cri de colère a été largement partagé par d’autres restaurateurs sur les réseaux sociaux, notamment par Glenn Viel, 45 ans, chef trois étoiles et jury de « Top Chef ». « Je ne comprends pas » la loi Duplomb, a insisté ce dernier auprès de l’AFP. Dénonçant « les pesticides qui polluent notre terre », il s’est indigné du fait que l’alimentation « a une grande part » de responsabilité « dans les cancers » (nouvelle fenêtre)

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« On a la capacité de mettre des milliards dans la défense (nouvelle fenêtre) de notre pays. Et c’est normal. Est-ce qu’on ne pourrait pas trouver un milliard ou deux pour nos agriculteurs, pour les aider à faire cette transition ? », s’est-il encore interrogé. Quant à la discrétion coutumière du milieu, « nous les restaurateurs, on est plutôt des besogneux, on ferme notre gueule et on avance », a-t-il reconnu. « Mais à un moment, il faut taper du poing sur la table. »

Dimanche, Laurent Marcon confiait sur Instagram que la portée de sa publication l’avait « quelque peu dépassé », se réjouissant par ailleurs du soutien massif à la pétition citoyenne contre la loi. Mais il a aussi déploré des « insultes » (nouvelle fenêtre) qui ont visé Laurent Duplomb. « Le débat démocratique est en marche à nouveau, essayons d’être plus intelligents en évitant certaines postures partisanes qui ne cherchent qu’à opposer les Français dans un but de pouvoir et de profit », a-t-il plaidé.  

Maëlane LOAËC avec AFP

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