Agression à Tourcoing : Didier Lemaire dénonce l’abandon de la laïcité par l’État

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En 2021, Didier Lemaire, alors simple professeur de philosophie dans un lycée de Trappes, se retrouve sous les feux des projecteurs après avoir été menacé de mort, à la suite de ses propos sur l’islam. Placé sous protection policière, il est contraint de quitter son établissement et devient l’une des figures de proue de la lutte contre l’islamisme à l’école. En mars 2024, il a cofondé l’association Défense des serviteurs de la république, qui vise à défendre les valeurs de la République, tout en mettant l’État devant ses responsabilités en matière de laïcité.

Le JDD. Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris l’histoire de cette professeur frappée par son élève dans un lycée à Tourcoing, après qu’elle lui a demandé de retirer son voile ?

Didier Lemaire. Ma première réaction, c’est de me mettre à sa place et de penser aux coups qu’elle a endurés et à l’émotion qu’elle a vécue. Une de mes premières pensées a été de trouver cette professeur courageuse, responsable. C’est une personne atypique, rare dans l’Éducation nationale, parce que la plupart des enseignants, il faut le dire, ferment les yeux sur la laïcité. Soit parce qu’ils considèrent que la loi de 2004, est une circulaire qui pénalise les élèves musulmans, islamophobe et raciste. Soit parce qu’ils ont mauvaise conscience de faire respecter la laïcité, et ne sont pas prêts à faire appliquer tout simplement la règle. Je ne parle pas des professeurs qui ont peur, ce qui est encore autre chose.

Avez-vous été surpris en apprenant que certains professeurs ont choisi de se ranger du côté de l’élève contre le professeur ?

Non. On l’a déjà vu dans le cas de Samuel Paty où, à quelques exceptions près, l’ensemble de ses collègues étaient soit contre lui, soit indifférents. L’indifférence est la pire des attitudes dans ces cas-là. Moi-même, je l’ai expérimenté dans mon lycée où il a fallu attendre l’intrusion du maire de Trappes pour que mes collègues me soutiennent. Dans ce genre de situation qui touche à la laïcité, on est vite considéré comme une brebis galeuse, voire comme responsable de la violence des élèves.

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Peut-on parler d’une fracture dans le corps enseignant à propos de la laïcité ?

Oui, on peut parler d’une fracture. Électoralement c’est assez clair, puisqu’aujourd’hui, vous avez à peu près 30 % des enseignants qui votent pour un parti qui mène une campagne antisémite. Dans le corps enseignant, vous avez des enseignants de gauche principalement, et puis une petite fraction d’enseignants qui votent pour le parti de Marine Le Pen. Cela est d’ailleurs assez nouveau. Mais cette fracture n’est que le reflet, je pense, de la fracture politique très forte qui existe dans notre pays.

Pour qu’il y ait un changement significatif, il faudrait que l’État commence à reconnaître sa responsabilité dans l’assassinat de Samuel Paty

Et pour ma part, il me semble que cette paralysie des représentants de l’État est liée au fait que la classe la plus éduquée, celle qui pour parler dans un langage bourdieusien bénéficie du capital culturel et symbolique le plus élevé, vote pour des partis soi-disant de gauche. Cette classe-là, dépositaire du savoir et de la culture, a mauvaise conscience. Méprisante envers les classes populaires, elle s’est alliée avec des forces qui veulent la mort de la démocratie, la mort de la liberté, la mort de l’égalité et la mort de la fraternité.

Est-ce qu’à la suite du meurtre de Samuel Paty, une prise de conscience et des changements ont eu lieu au sein de l’Éducation nationale ?

Oui, il y a eu des changements à la marge, mais je dirais qu’il n’y a pas eu de changement significatif. Pour qu’il y ait un changement significatif, il faudrait que l’État commence à reconnaître sa responsabilité dans l’assassinat de Samuel Paty. Or, il refuse de le faire. L’avocat de Mickaëlle Paty, Me Carine Chaix, se bat pour que l’Éducation nationale reconnaisse sa part de responsabilité, au niveau du rectorat, mais aussi au niveau du ministère. Et pour l’instant, elle n’a eu aucune réponse. Le combat contre l’islamisme commencera le jour où l’État reconnaîtra ses propres manquements.

L’islamisme est fort de nos faiblesses

Car l’islamisme est fort de nos faiblesses. C’est-à-dire qu’il est fort de l’abandon de nos principes républicains, les principes de liberté, la laïcité… C’est cette laïcité qui garantit ces libertés fondamentales comme l’égalité, c’est-à-dire le fait d’être traité d’abord comme un individu et comme un citoyen et non pas comme un exemplaire d’une communauté. Or, cette offensive islamiste qui a fait alliance avec le néomarxisme, nie l’individu, nie la liberté du sujet, et nie sa capacité de penser, de se construire par soi-même. Et cette alliance avec ces idéologies antidémocratiques va jusqu’à Macron lui-même, qui s’est uni lors des dernières élections, au nom d’un prétendu barrage républicain, avec des forces qui sont des forces totalitaires.

Vous parlez d’offensive islamiste, pourquoi l’islam pose-t-il problème à l’école, au contraire des autres religions ?

L’islam en France ne posait pas de problème de laïcité il y a quarante ans. Cette religion a commencé à poser problème en France lorsqu’elle a été instrumentalisée par des gens qui l’ont utilisé comme fer de lance d’un projet politique. Il est très important de distinguer trois choses : l’islamisme, l’islam et surtout les musulmans. Bien sûr que dans l’islam, il y a des paroles qui sont problématiques, dans le Coran ou dans certains hadiths. Mais beaucoup de choses sont des inventions des fréristes et des salafistes, qui ont une lecture littéraliste de la religion. À Trappes, certains élèves musulmans m’ont soutenu, et m’ont même remercié d’avoir défendu leurs libertés. En France, on connaît peu ces musulmans qui revendiquent les principes républicains et la laïcité. Et je reproche à notre État de ne pas les soutenir, de participer à leur invisibilisation.

En 2023, l’on a enregistré un nombre record d’atteintes à la laïcité dans les établissements scolaires de France. Pensez-vous que ce nombre va continuer d’augmenter ?

Oui, c’est certain. Il faut d’abord préciser que les chiffres du ministère sont, comme Jean-Pierre Obin l’a démontré, des chiffres totalement discutables. Le président du Syndicat des proviseurs a déclaré que seul un petit pourcentage des incidents est transmis au ministère. Ensuite, il faut savoir que la plupart des professeurs ferment les yeux, parce que justement, la peur s’est installée chez les enseignants. Cette peur qui fait qu’une élève aujourd’hui n’hésite plus à gifler et frapper un professeur. Elle se sent intouchable.

Qu’avez-vous à dire à ceux qui accusent cette professeur et le gouvernement d’islamophobie ?

Encore une fois, c’est le problème de cette classe éduquée plutôt de gauche, qui vit dans une mauvaise conscience issue d’un discours formulé par les Frères musulmans. Ces derniers ont parfaitement compris quelle était notre faiblesse. Moi-même, j’ai été accusé un grand nombre de fois d’islamophobie, alors que j’ai toujours refusé de connaître la religion de mes élèves, par souci de laïcité.

Vous êtes coupable d’un crime que vous ne pouvez pas définir et que vous ne pouvez pas situer

Cette accusation d’islamophobie est un argument fallacieux, mais c’est un argument qui fonctionne très bien. Et je crois d’ailleurs qu’on ne peut pas y répondre d’un point de vue purement rationnel. Même lorsque l’on démontre que cette accusation est fausse, et qu’on explique que c’est une stratégie islamiste, la personne qui vous accuse, qui vous soupçonne, continue de vous soupçonner. L’islamophobie en elle-même n’existe pas. En fait, vous êtes coupable d’un crime que vous ne pouvez pas définir et que vous ne pouvez pas situer.

Si je puis me permettre une réflexion de professeur de philosophie, cette idéologie du soupçon nous vient de Jean-Jacques Rousseau, selon qui l’origine du mal, ce n’est pas l’homme, c’est la société. Et à partir du moment où on considère que la société, c’est le mal, il va falloir refaire la société. Cette société qui est réduite au mal, conduit finalement à porter un soupçon généralisé et une paranoïa contre laquelle nous avons peu d’armes.

Nous avons eu un nouveau gouvernement cet été. Espérez-vous de nouvelles mesures, des changements concernant la laïcité ?

Il y a dans ce gouvernement des personnalités que je connais, que j’ai rencontrées, et avec lesquelles j’ai eu des échanges très concrets, notamment avec monsieur Nasrou (secrétaire d’État à la citoyenneté), qui était un élu de Trappes.

Pour mener ces combats-là, il faut mobiliser toute la nation

Je sais qu’il y a des personnalités dans ce gouvernement comme monsieur Retailleau, qui sont très engagées dans ce combat pour les libertés, pour l’égalité, la citoyenneté dont la laïcité est un aspect. Maintenant, c’est un gouvernement qui n’aura pas forcément les moyens d’agir immédiatement, mais il pourra préparer l’avenir. Pour mener ces combats-là, il faut mobiliser toute la nation.

Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.

Son engagement ne se limite pas seulement à la valorisation du patrimoine et à la formation des élus, mais s’étend également à la mise en place d’un dispositif de protection essentiel. Face à la recrudescence des agressions, CDCL a pris des mesures proactives pour assurer la sécurité de ceux qui exercent un mandat électif public.

Ce dispositif inclut des mesures telles que des formations à la sécurité personnelle, des conseils juridiques spécialisés et une assistance en cas d’agression. De plus, CDCL est habilitée au titre de la LOI n° 2023-23 du 24 janvier 2023, lui permettant de se constituer partie civile pour soutenir pleinement, au pénal, une personne investie d’un mandat électif public victime d’agression.

Forte de son enregistrement au Journal Officiel sous le numéro W913008769 et du SIRET 92326341200010, CDCL s’est imposée comme un bastion de soutien aux élus locaux en France. Son siège, situé au 3 Boulevard de Sébastopol, Étage 6, 75001 Paris, est le point central de ses activités.

L’association demeure fidèle à sa mission initiale, donnant aux élus les moyens de leur mission tout en préservant la particularité française d’une classe d’élus locaux issue du peuple, apolitique et non professionnelle.

Pour en savoir plus sur le dispositif de protection des élus et les actions de CDCL, nous vous invitons à consulter leur site web et à rester informés sur les développements de cette initiative cruciale.

Ensemble, soutenons nos élus locaux et œuvrons pour un environnement où ils peuvent exercer leurs fonctions en toute sécurité.

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