Québec refuse la demande des élus du Bas-Saint-Laurent de majorer la taxe sur l’essence afin de financer leur projet de transport collectif sur tout le territoire. Ce refus survient moins d’un mois après que le premier ministre François Legault s’est dit ouvert à cette requête lors du caucus de la Coalition avenir Québec (CAQ) à Rimouski.
Dans une lettre envoyée au Collectif régional de développement du Bas-Saint-Laurent jeudi, le ministre des Finances, Éric Girard, confirme qu’il ne donnera pas suite à la demande de l’organisme d’imposer une taxe de 0,02 $ le litre d’essence dans le contexte où les municipalités disposent désormais de plusieurs nouveaux outils pour diversifier leurs revenus
, écrit-il.
Le ministre Girard estime que les élus disposent d’autres moyens de financement pour arriver à leurs fins, dont l’imposition d’une taxe sur l’immatriculation.
Questionné à ce sujet au début du mois, le premier ministre François Legault s’était pourtant montré favorable à la demande des élus du Bas-Saint-Laurent.
Cette taxe-là existe déjà en Gaspésie et à Montréal. Il y a une question d’équité, donc je leur ai dit que j’étais ouvert. Évidemment, ce sera le choix des municipalités, mais par équité, je suis ouvert à regarder ça
, avait-il déclaré en point de presse alors qu’il faisait le bilan du caucus de son parti.
Une réponse difficile à digérer
Depuis des mois, les élus du Bas-Saint-Laurent somment Québec d’accepter de majorer la taxe sur l’essence pour mener à bien leur projet qui permettrait d’instaurer une douzaine de circuits de transport interurbain sur le territoire.
Ils avaient d’ailleurs profité du caucus de la CAQ à Rimouski pour discuter avec François Legault du bien-fondé de leur solution. Le président de la Table régionale des élus du Bas-Saint-Laurent, Bruno Paradis, s’explique difficilement ce revirement de situation.
J’aurais parlé de déception, mais c’est quasiment plus une insulte.
Le président de la Table régionale des élus du Bas-Saint-Laurent, Bruno Paradis. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte
On avait l’impression qu’avec les arguments de fond qu’on avait depuis longtemps, tranquillement on avait réussi à convaincre les différents ministres et le premier ministre
, admet M. Paradis.
Mais force est de constater que ce n’est pas une approche par arguments, c’est une approche plutôt dogmatique où l’on essaie de nous imposer une recette pour le Québec au grand complet
, ajoute-t-il.
Le maire de Saint-Modeste et président de la Régie de transport du Bas-Saint-Laurent, Louis-Marie Bastille, qualifie la nouvelle d’énorme déception
.
On a mis énormément de travail sur un dossier qui, selon nous, est excellent et donnait toutes les réponses. On s’attendait quand même à avoir une réponse positive
, avoue-t-il.
Le maire de Saint-Modeste et président de la Régie de transport du Bas-Saint-Laurent, Louis-Marie Bastille. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Jérôme Lévesque-Boucher
M. Bastille estime que la proposition du ministre Girard d’imposer une taxe sur l’immatriculation des véhicules est inacceptable
.
Selon les élus, cette façon de faire coûterait en moyenne 63 $ aux propriétaires de véhicules contre 25 $ par année pour la taxe sur l’essence.
On double le fardeau fiscal des citoyens. Ça n’a aucun sens. Ce qu’on a fait auprès de nos citoyens, c’est d’agir en bon gouvernement de proximité et d’arriver avec la vraie solution. On n’accepte pas cette décision-là. Il va falloir avoir des justifications
, exige-t-il.
Le Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent (CREBSL) déplore également la décision de Québec, d’autant que l’organisme milite depuis une dizaine d’années pour que le gouvernement autorise cette taxe.
Le directeur général de l’organisme, Patrick Morin, s’explique difficilement cette décision. Les hauts fonctionnaires des ministères concernés, Transport et Finances, ont été informés qu’on travaillait sur le scénario d’une taxe sur l’essence. Ils ne nous ont jamais dit « n’allez pas là »
, déplore-t-il.
Patrick Morin est directeur général du Conseil regional en environnement du Bas-Saint-Laurent.
Photo : Radio-Canada / Véronique Duval
On arrive en fin de parcours après tout ce travail-là et le gouvernement change les règles du jeu. C’est profondément injuste et inacceptable.
Des réductions de services à prévoir?
Les élus auraient aussi souhaité utiliser l’argent récolté par l’entremise de cette taxe sur l’essence pour financer davantage le transport collectif déjà existant au Bas-Saint-Laurent.
Les coûts de transport sont en forte hausse, selon M. Paradis. Dans la Mitis, on est passé de 67 $ de l’heure entre 110 $ et 130 $ de l’heure pour nos transporteurs
, illustre-t-il.
Les programmes ne sont pas suffisants. On répondait à une partie de la problématique avec cela, mais on va se retrouver visiblement avec des coupures de services sur notre territoire qui est déjà dépourvu en transport collectif
, estime M. Paradis.
Lui et d’autres élus de la région ont d’ailleurs eu l’occasion d’aborder le dossier avec la ministre responsable de la région, Maïté Blanchette Vézina, vendredi matin dans le cadre du congrès de la Fédération québécoise des municipalités qui se déroule à Québec.
Le cabinet de la ministre confirme qu’elle s’est engagée à demander une rencontre entre le premier ministre et les élus locaux prochainement. Mme Blanchette Vézina a toutefois décliné notre demande d’entrevue à ce sujet.
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