« Humiliation », « honte », « irresponsabilité », « hystérisation », « bordélisation »… Les groupes d’opposition de droite et du centre n’ont pas assez du dictionnaire des synonymes pour crier leur colère à l’occasion d’une conférence de presse improvisée alors que le conseil municipal, se déroule, sans eux, ce lundi 24 juin, à quelques mètres de là. Quelques minutes plus tôt, ils ont décidé de claquer la porte de l’assemblée municipale. Avant même que ne commence le vote des délibérations. Une première depuis 2021. Et un baptême du feu pour Carole Gandon.
À l’origine de cette séquence surréaliste, un drame en trois actes. Premier acte. La cheffe de file des Macronistes au conseil municipal termine la litanie des traditionnelles expressions politiques, avant de passer aux votes des délibérations. Sans surprise, calqué sur le contexte national, le discours est sans filtre à l’encontre de la majorité municipale, accusée de fricoter avec l’extrême gauche. « En réitérant l’alliance mortifère avec LFI élargie même cette fois au NPA, pro Hamas, vous re-signez un pacte purement électoraliste qui n’est ni plus ni moins qu’une insulte à vos électeurs sociaux-démocrates, aux tenants d’une gauche sociale, européenne et laïque, de même qu’à nos concitoyens de confession juive », dénonce l’ancienne socialiste.
« Vague noire »
Quelques minutes plus tôt, Charles Compagnon (Libre d’agir pour Rennes) avait demandé à la maire de « mettre autant d’énergie à vaincre la vague noire qui sévit dans notre ville qu’à combattre la vague bleu marine qui pourrait un jour sévir », tout en l’accusant de se « réjouir d’être alliée avec la branche politique de la vague noire ».
Face à ces accusations, Nathalie Appéré a conclu (ou pensé conclure) les expressions politiques par ces mots : « L’histoire retiendra donc, et les archives avec, qu’au moment où l’extrême droite se trouve dans notre pays aux portes du pouvoir, les oppositions auront choisi de consacrer plus que leur temps d’ailleurs, et toute leur énergie à salir la gauche. Chacun ses combats. » Dans la majorité, la formule fait mouche. Des applaudissements nourris (avec quelques exceptions, comme Lenaïc Briero) ponctuent le mot, un brin provocateur, de la maire pendant de longues secondes. Un fait rare dans une enceinte municipale. Qui n’est pas du goût de Gandon.
La Macroniste lance le deuxième acte de cette soirée inédite dans la courte histoire de la deuxième mandature d’Appéré. « Vous vous applaudissez, franchement, honte à vous », lance-t-elle, avant de demander une suspension de séance de deux minutes. Suspension acceptée par la maire. Deux minutes plus tard, les débats reprennent, comme prévu. Sans les élus de la minorité toujours en conciliabule dans les couloirs de l’Hôtel de ville.
« On se croirait à une AG de l’Unef »
C’en est trop pour Compagnon, Gandon et leurs troupes qui décident de claquer définitivement la porte de la séance. Et de lancer le troisième acte dans un autre décor que la salle du conseil. Direction les locaux de la minorité, dans un sombre sous-sol de la mairie, pour une conférence de presse improvisée. Une réunion qui sert surtout de défouloir. Passablement énervés, les membres de la minorité enragent. « On se croirait à une AG de l’Unef », tacle Antoine Esneault (Révéler Rennes). C’est une « bordélisation orchestrée au conseil municipal comme LFI le fait à l’Assemblée », poursuit Laureline du Plessis d’Argentré (Révéler Rennes)
Tous jugent la formule de la maire « insultante » et « outrancière ». Gandon reproche également à l’édile son « mépris » vis-à-vis des électeurs du RN, tout en accusant la gauche de se prendre pour le « camp du bien ».
Sur X (anciennement Twitter), plusieurs élus de la majorité accusent, alors qu’ils sont en plein conseil, la minorité de fuir ses responsabilités. « Conservant ses mandats, la droite rennaise démissionne dans les faits. Confrontée à sa responsabilité dans le moment historique que nous traversons, elle s‘ offusque, renonce à sa mission et cesse de siéger au conseil municipal de Rennes et de représenter ses électeur-ice-s », a notamment réagi Sélène Tonon, conseillère municipale aux musées.
« Chaque mot a été pesé »
La minorité n’a-t-elle pas cherché la mouche en évoquant une mansuétude vis-à-vis de la « vague noire » ou en parlant d’une alliance « mortifère » avec un « NPA pro Hamas » ? « Chaque mot a été pesé, se défend Compagnon. Il y avait des heures de travail pour ce conseil, j’aurais voulu éviter ça à tout prix. »
En attendant, malgré près de 100 points à l’ordre du jour, le conseil a été plié en moins de 4h. Sans contradiction. Le prochain aura lieu le 16 septembre. Dans quel état d’esprit sera la minorité ? « On va revenir sur cet épisode au prochain, promet Carole Gandon. Le spectacle donné ce soir aux citoyens est lamentable. » L’été adoucira-t-il l’ambiance au sein de l’assemblée rennaise ? Le résultat des Législatives anticipées, le 7 juillet prochain, devrait permettre d’obtenir quelques éléments de réponse.
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