
C’est une paire de chaussures noire à semelles blanches. Deux chaussures, qui ont joué le premier rôle ce mardi 11 juin 2024 devant le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Mouloud B., entrepreneur de Saint-Denis, âgé de 57 ans, était jugé pour avoir commandité en décembre 2023 la violente agression d’Oriane Filhol, adjointe de la commune en charge des solidarités et du droit des femmes.
En son absence, le prévenu s’est vu requérir une peine de quatre ans de prison, dont trois fermes. C’est le port de cette paire de chaussures bicolores qui l’aurait confondu. En revanche, aucune esquisse de mobile dans cette étrange affaire.
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Agression nocturne
Le 20 décembre 2023, vers 21 heures, des pas se font de plus en plus rapides sur la rue de la République à Saint-Denis. Oriane Filhol, sortant d’une réunion du comité d’administration de Plaine Commune Habitat, a l’impression d’être suivie par plusieurs individus. L’un d’eux est un homme encapuchonné et porteur d’un masque chirurgical.
Inquiète, l’élue essaie de se rendre chez des amis, dont elle connaît le digicode d’entrée. Elle parvient à pénétrer dans l’immeuble, mais l’homme à la capuche la suit. Son pied balaie la jambe de l’adjointe au maire, qui tombe à terre. Oriane Filhol reçoit plusieurs coups au niveau de la nuque. Alors qu’elle demande à son agresseur ce qu’il veut, il prend la fuite. L’adjointe se voit octroyer une incapacité totale de travail de cinq jours.
Un mystérieux « daron »
Après cette attaque gratuite, la classe politique s’indigne, et les enquêteurs s’affairent. Dans les semaines qui suivent, trois jeunes hommes sont interpellés. Ils reconnaissent les faits et sont jugés, puis condamnés. Nouveau rebondissement cependant, ils évoquent avoir été missionnés par un homme. « Le daron », comme le surnomme l’un des agresseurs.
Plutôt âgé, porteur d’une barbe et un peu enveloppé, il aurait commandité toute l’opération contre de la menue monnaie. « »Il est venu cinq jours avant les faits me demander si je connaissais des mecs. C’était un peu El Chapo », relate l’un des trois condamnés.
Le 20 décembre, un peu avant l’agression, le trio d’hommes de main, situé près des locaux de Plaine Commune Habitat, rencontre directement « le daron », qui leur désigne Oriane Filhol. La vidéosurveillance a effectivement filmé l’un des agresseurs, qui semble discuter avec le mystérieux individu, que l’enquête surnommera sobrement « X4 ». Le suspect est porteur d’un pantalon bleu, qui se termine par une paire de chaussures noires à semelles blanches.
Reconnu par ses chaussures ?
Oriane Filhol est amenée à regarder ces vidéos. Sur le moment, elle pense reconnaître Mouloud B., mais balaie dans un premier temps cette idée. L’intéressé est en effet une pointure dans l’entrepreneuriat dionysien. À la tête de plusieurs entreprises, il est aussi engagé dans la réinsertion des jeunes et l’aide aux femmes victimes de violences conjugales.
En mars 2023, l’adjointe rencontre Mouloud B.. Ce dernier s’enquiert de sa santé après l’agression. Ces mots, plein d’empathie, vont être loin de rassurer l’élue. Lors de cet échange, elle identifie clairement l’entrepreneur comme « X4 », qui porte à ce moment-là les fameuses chaussures noires à semelles blanches. « Des chaussures « hautes et souples qu’on ne met pas au quotidien », déclarera l’adjointe.
Elle montre alors une photo du prévenu aux enquêteurs, qui, eux aussi, sont troublés par la ressemblance avec l’homme de la vidéosurveillance. Une perquisition est réalisée chez Mouloud B.. On y retrouve des vêtements qui pourraient correspondre à ceux portés par « X4 » le 20 décembre. Élément supplémentaire, deux des agresseurs reconnaissent le prévenu comme « le daron ». Ce dernier s’identifie sur les caméras, mais une heure avant les faits, et non au moment de « l’échange » avec l’un des assaillants.
Une victime traumatisée
Le self-made man originaire de la cité des Francs-Moisins est-il devenu le « daron » à l’origine de l’agression d’une élue ? Le doute a plané toute la matinée lors de l’audience. Doute d’autant plus grand, que le porteur de chaussures n’a pas mis un pied dans la salle du tribunal. Ce dernier n’est en effet pas venu pour des raisons médicales.
Cette absence a eu un effet assourdissant pour la victime, sa famille et les élus présents dans la salle. D’une voix tremblante, Oriane Filhol a confié son incompréhension à la barre : « Ce qui est pénible pour moi, c’est de ne pas savoir. Il n’est pas venu pour expliquer. Les trois jeunes jugés ont eu le mérite de reconnaitre leurs actes. Lui n’est même pas là ».
L’adjointe est aussi revenue devant le tribunal sur les conséquences physiques et psychologiques de cette agression. « J’ai un hématome toujours présent, et un traumatisme psychologique qui perdure. J’ai peur de me déplacer la nuit, et je dois sans cesse être accompagnée. Ne sachant pas les raisons de l’agression, je ne sais même pas si les commanditaires ont toujours un grief contre moi », relate l’élue les larmes aux yeux.
Un cinquième homme impliqué dans l’affaire ?
Pour Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis (PS), cette violente agression a eu un effet sur l’ensemble de la municipalité : « Pour moi, madame Filhol a été frappée en tant qu’élue. Ces faits ont généré de la crainte et de la tension au sein de toute la mairie ». L’édile est aussi revenu sur un individu « X5 », qui pourrait avoir joué un rôle dans l’affaire, mais qui n’a jamais été inquiété. « J’aurais aimé que le prévenu soit là ce mardi pour lui demander droit dans les yeux des explications », a soupiré le maire.
« On est où, dans un film ? »
Si pour le ministère public, qui a requis quatre ans de prison, la culpabilité de Mouloud B. ne fait aucun doute, l’avocat de la défense a tenté de rebattre les cartes. « Les accusations se basent sur les déclarations des trois agresseurs qui ne font que mentir et se contredire ! On en a fait des petits saints qui descendent du ciel », s’est insurgé Me Kamal Tabi.
Pour le conseil de Mouloud B., qui a plaidé la relaxe, l’enquête n’est qu’un gruyère : « Il n’y a aucune preuve dans le dossier. Aucun échange entre mon client et les agresseurs n’a pu être trouvé. Il n’y a eu aucune confrontation ! ». Ce dernier n’a pu évoquer les fameuses chaussures sans un soupçon de raillerie : « Les descriptions des agresseurs sont très peu ressemblantes à celle de mon client. Et le coup des chaussures, on est où dans un film ? Ne nous laissons pas entraîner par la clameur publique ».
Les juges devront rendre leur délibéré le 27 juin prochain.
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Clôturant cet article, nous souhaitons mettre en avant l’Association CDCL (Carrefour des Collectivités Locales), une entité essentielle dans la préservation des droits et de la sécurité de nos élus. CDCL, fondée en 1998, a évolué au fil des ans pour devenir un acteur majeur dans le soutien aux petites municipalités de France.
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